André Mérian

Presentation

En 1987 j'arrive à Marseille, je ne connaissais pratiquement pas " l'horizon méditerranéen ", ce fut un changement radical dans ma perception du monde. Période de déstabilisation et d'interrogation- j'entame un travail sur le littoral à Marseille, il en résulte des images floues, grises, le désir de fuir une certaine réalité. Quelques années après, je rejoins l'association Sud Image Territoire, où j'aborde " une nouvelle géographie " : le paysage et son territoire, sa transformation et son évolution, tout en alternant " Paysages et Humains ". Je reste très sensible à la question de la place de l'homme dans ces espaces. J'adopte une posture distanciée, une approche du réel, pour montrer la tension et le vide, voir la perte. Photographier, pour moi c'est une façon de penser, de vivre, et de se remettre en question.

André Mérian, 2004

Biographie

Collections publiques

Château d'eau Hôtel de ville Castanet-Tolosan
Artothèque d'Angers
Arthotèque d'Annecy
Artothèque de la Roche sur Yon
Archives Municipales de la Ville de Marseille
Fonds communal, Marseille : 17 photographies n&b 30x30cm, commande sur le chantier du Grand Littoral
Fonds communal, Marseille : acquisition de 5 formats couleur 1x1m sur le chantier de la Seita
CMP Bastia, 2 photographies n&b, 18x18 cm
CMP Bastia, collection contrat de ville, commissariat Marcel Fortini : 12 photographies couleur 50x50 cm
CMP Bastia, Le littoral vu de la mer, 42 tirages n&b, format 46x46 cm
Musée International du Parfum Grasse
Maison de l'Architecture et de la Ville de Marseille
Galerie du Chateau d'eau, Toulouse
Galerie Van Kranendonk La Haye, Pays-Bas
Galerie du Théâtre de la Passerelle, Gap
Galerie Valérie Bach, Bruxelles
Musée de Pont-Aven
Le Lieu, Lorient
Ville de Quimperlé, Novembre photographique
Les Imagiques, Langon
Centre des Arts Visuels, Coimbra, Portugal : 12 photographies couleur 70x70 cm

Textes

STATEMENT

Ces immenses zones commerciales qui, à la périphérie des villes, émergent depuis les années 70, se conformant à un modèle venu des États-Unis. Aussi forte que puisse être l'identité de New York, Coimbra, Bastia, Gênes, Plan de Campagne ou encore Berlin, ces villes ont pourtant cédé une part de leur singularité à cette uniformisation périurbaine. Passée la frontière des villes, l’architecture prend une dimension nouvelle où le factice, le provisoire, le démontable prennent le dessus. Vastes espaces destinés à accueillir les foules, immensités colorées, monde artificiel étudié pour le confort du consommateur... des concepts qui s'articulent autour de la séduction mais qui peuvent aussi susciter comme un malaise, une solitude. Et c'est là la force du travail d’André Mérian : nous déstabiliser. L’incursion du photographe, ses prises de vues réalisées très proches du sol, son regard à distance bouleversent notre perception de ces territoires familiers. L’approche plastique du photographe est elle aussi déroutante et nous interroge sur cet espace qui s’universalise et sur le sort réservé à l’homme dans cette esthétique de chaos.

SYRIE

La photographie contemporaine de paysage, dans l’héritage de Walker Evans puis des conceptuels, se passionne des zones périphériques ceinturant les grandes métropoles et devenant le théâtre des urbanisations contemporaines. Centres commerciaux, parkings, quartiers dortoirs, infrastructures routières s’entremêlent et constituent finalement des espaces limites où se superposent, se perdent et se dissolvent toutes tentatives différenciées d’architecture ou d’urbanisme. Ces territoires, ces « non lieux » comme on les nomment parfois injustement, sont souvent identiques, ou du moins s’élaborent dans un vocabulaire architectural et une trame urbaine déclinée à l’infini, sans variations perceptibles, dans toutes les régions, tous les pays, autour de toutes les villes d’un monde définitivement globalisé. Phénomènes plus que modèles de développement, ces espaces urbains aux terminologies indéfinis « villes actives », « zones commerciales », « zones d’activité », « villes nouvelles », fascinent au fond les photographes qui s’affranchissent de toutes formes d’allégories en convoquant avec une lucidité froide le matériau indiscutable de révélation du « lieu sans qualité » pour paraphraser Robert Musil . Au fond ces images de paysages urbains n’ont pas de sujet ; pas de motif particulier sur lesquels s’appuieraient des éléments complémentaires constitutifs d’une représentation. Elles sont par la suspension du sens, le constat lucide du désenchantement comme forme abouti de la critique. Cette photographie des périphéries, des lieux délaissés, s’est considérablement développée depuis la fin des années 70; archéologies industrielles chez les Becher, puis dérives urbaines chez leurs élèves de la nouvelle objectivité allemande, maisons préfabriquées et habitats standardisés chez Lewis Baltz ou Dan Graham, paysages décalés chez Robert Adams, déshumanisés chez Gabriele Basilico ou plus récemment encore chez Xavier Ribas ou Jordi Bernado qui tentent dans leurs expériences du paysage un renouvellement de la tradition du reportage. Cette photographie incarne au fond par ses préoccupations sociales et psychologiques, une sorte de réinvention ou se mêlent le désir du document objectif et le sentiment d’une mélancolie longtemps masqué l’anti-esthétisme. Le travail de André Mérian se situe indiscutablement dans cette mouvance. Catalogue de lieux qui ne sont jamais motifs ou prétextes, mais qui existent quand même dans la seule tension mise à jour par la pratique de l’artiste ; tension entre ces lieux de nature et leur irrémédiable transformation, tension aussi entre l’espace construit devenant d’improbables espace d’usages. De cette dialectique ne surgit aucun discours, aucune critique, aucune dénonciation, parce que les images dans l’évidence du fait plastique imposent le neutre à la surface en renvoyant à d’autres la construction du discours. Cette neutralité n’est plus seulement celle des lieux inconnus présentés de manière indifférenciés, elle devient surtout celle du photographe qui dans la répétition des images disloque l’idée même du document.

Bernard Millet - Commissaire d'exposition Juin 2009

LAND

Le protocole ayant conduit à la réalisation de « Land » d’André Mérian tient en quelques mots : montrer aux Pays-Bas le moment ou la ville devient campagne. Derrière cette apparente simplicité de l’énoncé se cache en fait un projet d’une rare complexité. Sous jacent, pointe évidemment les enjeux liés au document, notion essentielle en photographie contemporaine depuis que l’on sait combien celui-ci est par essence impur, instable. Évidemment, cette crise de la représentation se trouve précipitée par l’irruption du numériques, technique qui ne fabrique plus de l’image mais bien des visuels toujours manipulables. D’une certaine manière Land se veut une réponse à cela, à ce deuil porté par certains envers la photographie. Le requiem qu’ils composent se fonde sur le même lamento : la photographie n’offre plus cette rassurante possibilité de témoigner du monde puisque l’image telle qu’elle est véhiculée par les médias, par l’industrie culturelle et par les réseaux du net n’inspire plus aucune confiance. Toujours en mutation, toujours en recherche de spectaculaire, elle ne serait plus qu’un fantôme du réel. Oser prendre son appareil photographique pour saisir un état de notre quotidien semble relever de la gageure. Or, pour André Mérian c’est justement dans cette période de doute qu’il convient de redéfinir ce qu’est une image, ce qu’elle véhicule, ce qu’elle dit de nous et de notre univers. Ce pari peut paraître d’autant plus risqué que l’objectivité possède en photographie une longue tradition. (…..) Pour lui, le territoire européen est essentiellement urbain, marqué par les signes d’une ville qui ne sait comment se définir entre l’épaisseur de son histoire et les impératifs de son développement. Son intérêt pour ces mutations n’est pas récent. Il y a quelques années, il avait éprouvé le besoin d’inventorier les marges territoriales de son pays, le sud de la France. La logique l’avait ensuite conduit en 2002 à une lente traversée des espaces américains et européens, lui permettant ainsi de repérer la façon dont les signes commerciaux structuraient et gouvernaient désormais l’idéal démocratique de l’occident. La démonstration, publiée dans « Statement », ne souffrait alors d’aucune possibilité de contradiction. « Land » est à la fois la poursuite de cette enquête mais aussi son aboutissement. Au premier regard, ces images paraissent posséder nombres les traits de l’objectivité requis pour toute photographie documentaire. Les vues sont frontales, effectuées à hauteur d’homme. Et si certaines paraissent surplomber le territoire, c’est plus le résultat des accidents du terrain mis à profit par l’opérateur que d’une stricte volonté de composition. Rien n’est artificiel, construit à l’avance, arrangé. Le photographe enregistre ce qu’il voit, ce qu’il rencontre lors de sa déambulation. Toutes anecdotes, tout spectaculaire sont exclus.

Damien Sausset

Extrait de la préface du catalogue.

WATERFRONT

Certaines photographies de paysage ne se contemplent pas. Ce qui s’y passe relève de la simple description. L’objectivité et la rigueur descriptive se moquent du sublime pour nous livrer le spectacle d’une nature désolée par une suite d’actions catastrophiques. Les sensations pures n’en sont pas rejetées pour autant. Un haut-le-cœur nous prend devant ce spectacle barbare. Les panoramiques n’ont rien de pittoresque et se refusent même à l’art de la carte postale et du chromo. Nous sommes en face d’objets qui se refusent à la belle photographie, phénomène nouveau dans la culture occidentale ! Le paysage-spectacle, s’il existe encore, est confisqué. Il faut entrevoir les compositions architecturales des fronts de mer, étendues à perte de vue, comme des spéculations, au sens philosophique du terme, des visions concertées de l’espace. La satisfaction immédiate, les égoïsmes et les intérêts privés ont ceci de remarquable qu’ils ont rendu flagrantes les prescriptions esthétiques d’une modernité affligeante. (…) Que penser de ces alignements de cités mortes, bâties à l’identique, avec des palmiers, objets décoratifs, poussant le long de rues sans âme ? Ce qui dérobe à la vue l’essentiel, c’est-à-dire la mer, ce sont des métropoles abandonnées par la raison et la poésie. A perte de vue, les fronts de mer s’organisent, ordonnés et géométriques, selon un plan précis et contrôlé. Mirage de bonheur et de calme, désolation réconfortante, nous contemplons les résidences, serrées les unes contre les autres, et notre regard recouvre ces longues rues conformes au schéma et à la loi du foncier. Ils aimeraient bien être uniques ces lotissements, ces quartiers résidentiels, - paradis de l’harmonie -, avoir les couleurs rassurantes de la protection maternelle et de sa douceur. Mais quand, médusés, on fait face à ces palais de pacotille, à ces rues qui appellent au désœuvrement, à ces maisons jamais uniques mais unifiées, on cherche désespérément ce qui pourrait laisser une place au pardon. (…) Tout est uniforme sur ces images. Cela semble mettre en joie le photographe moderne qui dispose d'une vision de rapace. Ici, la proie n’est plus le beau mais le banal. Pour ceux qui les ont connus, nos yeux, ceux des Fauves, ne retrouvent pas les teintes, celles que l’on a aperçues chez Derain et Matisse. Nos yeux exercés, mais bornés par l’amour de l’art, étaient sensibles à un éventail de couleurs plus étendu. Sur les pourtours de la mer, on pouvait distinguer des tons offrant l’opale et la terre d’ombre, l’ambre et l’orangé, et puis, à côté de cela, des fonds sombres, avec des rochers presque noirs. En regardant la mer, on convoquait Valtat. C’était chic ! Mais chacun avait les mots et conversait avec les flots. Nous ne voyons plus rien et nous sentons encore moins. On imagine que ces paysages méditerranéens ont perdu leurs arômes avec leurs couleurs. Il n’y a plus que l’aveuglement et la réverbération d’un grand mur blanc ceinturant la mer entière et chaque jour barrant l’horizon.

Extraits de la préface de François Cheval paru dans l'ouvrage Waterfront, Marseille, 2013

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