Sid Kaplan

Presentation

Lorsque Sid Kaplan était un gamin de dix ans dans le sud du Bronx, il se rappelle s’être retrouvé « hypnotisé, attiré comme par une drogue » en voyant pour la première fois une image prendre forme dans le révélateur.

 

Après avoir bouclé ses études à l’école des arts industriels de Manhattan (un centre de formation qui a fermé ses portes en 1959 ou 1960), Sid Kaplan enchaîna les petits boulots précaires dans le monde de la photographie de 1956 à 1962. « C’était l’occasion rêvée d’apprendre, d’affiner et de pratiquer mes compétences tout en étant payé, » déclare-t-il. Au bout de quelques années, il finit par décrocher un poste en tirage noir-et-blanc chez Compo, le labo photo le plus prestigieux de Manhattan (dans la 41e rue, entre 7th Avenue et 8th Avenue), célèbre pour avoir réalisé les tirages de l’exposition « La grande famille des hommes » (The Family of Man) d’Edward Steichen pour le MoMa en 1955.

 

Chez Compo, Sid Kaplan réalisa des tirages pour les plus grands photographes, dont Philippe Halsmann, Robert Capa, Weegee et la plupart des membres de Magnum. Au début de sa carrière chez Compo, il participa aux tirages de « The Family of Man ». « Je ne savais pas qu’il s’agirait de ma première grande expo et de la dernière d’Edward Steichen, » se souvient-il.

 

En 1968, Sid Kaplan quitta Compo pour devenir développeur indépendant. « Je passais ma vie dans la chambre noire et je ne faisais pas assez de photographie, » confie-t-il. C’est au 10 de la rue East 23 Street qu’il se construisit une chambre noire et installa sa boutique, où il réalisait des tirages « d’absolument tout ce qui passait la porte ». Pendant plusieurs années, W. Eugene Smith occupait un appartement voisin, et Ralston Crawford vivait dans le quartier. En 1969, lorsque Ralph Gibson le présenta à Robert Frank, Sid Kaplan devint son développeur, une collaboration qui se poursuit encore aujourd’hui (à l’époque, Aperture rééditait Les Américains et Robert Frank réalisait le film Conversations in Vermont). Sid Kaplan vit sa clientèle s’élargir, avec notamment Allen Ginsberg, dont il devint le voisin lorsqu’il déménagea son studio Avenue A dans l’East Village. Depuis 1972, Sid est professeur à l’école des arts visuels de New York, où il enseigne le tirage noir et blanc en chambre noire.

 

Cependant, ce travail de tirage en chambre noire lui a surtout permis de financer son activité de photographe. « Pour moi, la meilleure façon de pratiquer de la photographie, c’était de le faire dans son temps libre, comme Lartigue ou Stieglitz. Je n’ai jamais voulu en faire un boulot qui m’aurait mis à la merci des directeurs artistiques et des délais à respecter, je serais devenu dingue. »  En faisant des tirages pour les autres, il gagnait l’argent qui lui permettait de se consacrer à son propre travail artistique.

 

Les thèmes favoris de Kaplan sont le Bronx et ses amis dans les années 1950 ; les rues, parcs et habitants de New York dans les années 1960, 1970, 1980, 1990, ainsi que vingt ans d’images d’un club de Mummers à Philadelphie ; les autoroutes américaines vues par la fenêtre d’une voiture lancée à toute vitesse ; et les dernières traces de la culture juive d’Europe de l’Est du Lower East Side à New York.

 

Aujourd’hui, Kaplan vit, travaille et expose à New York.