Thierry Girard

Vit et travaille à Sainte-Marie de Ré

Collections publiques

Fonds National d'Art Contemporain, Paris

Musée National d'Art Moderne, Paris

Fonds Régional d'Art Contemporain Alsace

Fonds Régional d'Art Contemporain Pays de Loire

Fonds Régional d'Art Contemporain Poitou-Charentes

Musée d'Art contemporain, Strasbourg

Musée des Beaux-arts, Toulon

Musée Rimbaud-Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières

Musée d'art et d'archéologie, Aurillac

Musée Nicéphore Niepce, Chalon-sur-Saône

Musée du nouveau monde, La Rochelle

Musée des Archives, Saint-Pierre et Miquelon

Bibliothèque nationale, Paris

Maison Européenne de la photographie, Paris

Centre régional de la photographie Nord Pas de Calais

Théâtre de la photographie, Nice

Galerie du Château d'eau, Toulouse

Galerie de l'imagerie, Lannion

Galerie du Carré Amelot, La Rochelle

Artothèques d'Angers, Angoulême, Annecy, Grenoble, La Rochelle, La Roche-sur-Yon, Lyon, Nantes,

Villeurbanne, Vitré

Metropolitan Museum of Arts, New York

Shangai Art Museum, Chine

Moderna Galerija, Ljubljana, Slovénie

Musée hongrois de la photographie, Kesckemet, Hongrie

Textes

THIERRY GIRARD - L'ARPENTEUR DU MONDE MODERNE

Thierry Girard est un arpenteur. Celui qui, au sens étymologique, mesure les terres. Depuis plus de trente ans, Thierry Girard prend la mesure du monde dans sa dimension philosophique et poétique.  Il observe des parties du monde, il les parcourt et les photographie. Les récits de ses voyages qui accompagnent la plupart de ses livres, admirablement écrits, rendent compte de son profond attachement au territoire, au paysage rural et urbain.

Thierry Girard est aussi un explorateur. Celui qui part à la découverte de territoires inconnus. En voyant l'ensemble de l'œuvre de Thierry Girard, on se dit que l'homme n'a  pas oublié les récits d'expéditions de sa jeunesse tant il s'en inspire dans son approche photographique. On l'imagine  plongé dans la littérature passionnante des explorateurs du XIXe siècle bardés de lourd et encombrant matériel photographique nécessaire à leur périple.

Arpenteur et explorateur, Thierry Girard part à la découverte d'un monde en mutation. Témoin attentif et passionné, il peut décider de partir sur les terres lointaines et caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon pour en revenir avec le très bel ouvrage de Langlade, Miquelon et Saint-Pierre, arpenter une partie de la Chine moderne avec Voyages au pays du réel ou bien composer un parcours pictural, inspiré par deux explorateurs du début du XIXème siècle partis au Japon, avec la Route du Tôkaidô. Mais il se passionne aussi et surtout sur les régions de France, que l'on croit connaître et arrive à les transcender.

En 1982, le territoire de la Flandre occupe cinq mois de sa vie. De ce long périple, il en rapporte un livre sombre et magnifique, proche de l'univers des américains Walker Evans et Lee Friedlander. « Far Westhoek »  rend compte d'une réalité inattendue dans la région de Dunkerque. Fasciné par le caractère excessif des paysages qu'il parcourt, il rédige un carnet de route de février à juin dans lequel la phrase introductive résume son oeuvre : « Lorsque je  découvre une ville ou une région, ce qui arrête mon regard en premier lieu avant les hommes, leur comportement, leurs traits, c'est la nature de l'espace qui les environne ». « Far Westhoek »  raconte les lumières extrêmes, la limpidité des hivers septentrionaux, la tristesse des jours de brume et de pluie, les abris bus désoeuvrés et les chemins oubliés.

Les thèmes chers à Thierry Girard et la mise en place des atmosphères de ses explorations  sont posés. Le mode opératoire demeure depuis le même. Si au départ, une commande l'incite à partir, l'ailleurs devient pour lui une réelle source d'inspiration. L'homme a besoin de s'imprégner physiquement du paysage. Armé de son matériel, il parcourt des kilomètres le long des littorales, dans les forêts, parmi les villages et les villes.

Cet arpenteur du monde réel donne à voir la réalité de paysages urbains ou ruraux dans laquelle la présence humaine est souvent absente. Pour autant lorsqu'il aborde le portrait avec une approche picturale évidente, on est frappé par la dimension spirituelle qui s'en dégage. La vierge à l'enfant paru dans Un voyage en Saintonge, vibrant hommage à la peinture italienne et ses icônes, en est une des plus belles représentations.

Béatrice Andrieux

Octobre 2009

 

DE L'ITINÉRANCE

Est-ce lié à mon attirance originelle pour la littérature et le cinéma ? Est-ce lié à ma découverte de la photographie d'abord comme chose imprimée dans des livres dits de photographie (Frank, Resnais, Tony Ray-Jones, Strand, Walker Evans, Bill Brandt, Koudelka, Friedlander...), avant de m'intéresser à la photographie comme œuvre accrochée sur un mur au même titre qu'un tableau ?

Est-ce parce que le désir de l'en-allée m'est profondément chevillé à l'âme et au corps –non pas sous le couvert du baroudeur, de l'aventurier, du globe-trotter ou du reporter en mission, mais tel le voyageur silencieux qui cherche simplement à rejoindre le monde ? Sans doute un peu de tout cela, et d'autres choses encore dont l'intrication me reste mystérieuse, pour expliquer ma propension non seulement à faire des livres, mais à imaginer mes différents projets, les uns après les autres, avant tout comme des ensembles destinés à l'édition, et donc réfléchis et développés en ce sens. Au point même qu'il m'est arrivé, à l'aube d'un travail, d'avoir déjà en tête la maquette d'un livre dont les images n'étaient pas faites.

En quelque sorte, mes livres sont moins le catalogue d'une exposition que la matrice de celle-ci. J'ai conçu pendant longtemps l'exposition comme un simple "éclaté" du livre, ou comme la proposition d'un livre à venir ou espéré –tout en accordant de l'importance à la qualité des tirages en noir et blanc puis en couleur–, avant d'y réfléchir comme un objet en soi faisant pleinement partie de mon propos artistique. Aujourd'hui, je tends à dissocier de plus en plus l'objet livre de l'objet exposition : le livre ne peut être le simple catalogue d'une exposition, ni celle-ci réduite à une sorte de best-off du livre.

La plupart de mes projets s'articulent autour d'une problématique du déplacement, qu'il s'agisse de mettre en œuvre différentes formes d'exploration d'un territoire ou, plus souvent encore, de suivre le fil d'un itinéraire dont l'argument ou la raison relève de considérations diverses. Dès 1984, avec le projet intitulé Frontières, j'ai établi une méthode et un principe de travail auxquels je me suis à peu près tenu depuis lors : à savoir, respecter le plus possible dans l'élaboration du travail, mais surtout dans sa restitution, un principe de continuité géographique et chronologique, privilégiant ainsi la progression, la confrontation des images, leur tension dialectique, et privilégiant de fait le récit à la série.

Le récit étant entendu non pas comme une "histoire" –si ce n'est celle de mon rapport au monde–, mais comme le développement d'arguments conceptuels et de problématiques esthétiques à travers la récurrence d'un certain nombre de thèmes que la traversée du paysage ou les rencontres diverses viennent nourrir.

Il m'est apparu que si mon travail était en partie connu et reconnu par la régularité de ma production éditoriale, la spécificité de celle-ci et son étendue –notamment tous les livres en noir et blanc qui précèdent La Route du Tôkaidô– étaient loin d'être comprises et sues de tous. D'où la proposition de cette exposition qui permet de retracer la cohérence d'un parcours éditorial et photographique par-delà la diversité des expériences et l'évolution des choix esthétiques. Cette sélection d'une dizaine de livres (sur une vingtaine qui couvrent environ 25 années de travail de 1982 à 2008) est associée à l'exposition de tirages vintage, présentés pour la plupart d'entre eux dans leur format et leur encadrement d'origine.

Thierry Girard

Octobre 2009

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