Vivian Maier

Presentation

Vivian Maier photographia inlassablement les rues de Chicago et New-York, mais son talent resta anonyme toute sa vie. Nourrice de profession, elle profita de chaque instant libre pour arpenter les , son Rolleiflex au cou, portant un regard aiguisé sur l’humain dans la ville et laissant des autoportraits saisissants. Elle ne montra ses photos à personne et sa récente découverte, véritable romance américaine,  révèle une des photographes les plus brillantes de la street-photography.

En 2007, John Maloof découvre dans une salle de vente de Chicago un lot contenant des milliers de négatifs, ainsi que des pellicules non développées et quelques tirages. Ses recherches lui permirent de découvrir que ce lot n’était qu’une partie d’un corpus qu’il rassembla en rachetant les nombreuses boîtes de négatifs, pellicules et documents. L’ensemble reste anonyme jusqu’à ce qu’il trouve au fond d’une caisse un ticket de laboratoire portant le nom « Vivian Maier ». En tapant son nom sur Google, il apprend par un avis de décès publié dans le Chicago Tribune que Vivian Maier est décédée quelques jours plus tôt, à l’âge de 83 ans.

Vivian Maier est née en 1926 dans le Bronx d’un père austro-hongrois et d’une mère française. Elle passa son enfance avec sa mère, entre la France et les Etats-Unis. Il semble qu’une amie de sa mère, Jeanne Bertrand, photographe portraitiste, l’initiera à la photographie. Vivian Maier pris ses premiers clichés en France vers 1949 avec un Kodak Brownie, appareil simple destiné à l’amateur.

Elle retourne aux Etats-Unis en 1951. Elle devient nourrice – une Mary Poppins dans l’âme - et travaille pour une famille à Southampton, dans la banlieue de New-York. Ses gages lui permettent d’acheter un Rolleiflex, appareil moyen format couramment utilisé par les photographes de l’époque. La photographie prend alors une part de plus en plus importante de sa vie. Quittant New-York pour Chicago en 1956, elle entre au service de la famille Gensburg. Elle y élève leurs trois enfants et utilise sa salle de bains pour y développer ses films. Débute alors la période la plus prolifique de l’œuvre de Maier.

En quittant les Gensburg dix sept ans plus tard,  avec qui elle restera très liée, Maier ne peut plus développer elle-même ses films. Travaillant de famille en famille, elle emporte avec elle de plus en plus de pellicules non développées et de photos non tirées. Elle photographia jusqu’à la fin des années 1990, s’essayant à la couleur. Des films qui resteront également non développés, tant ses soucis financiers deviennent importants. Elle stocke alors ses négatifs, pellicules et documents dans un storage. Au début des années 2000, les enfants Gensburg la prennent en charge et la logent dans un petit studio. Ses affaires sont oubliées jusqu’à ce qu’elles se retrouvent sans qu’elle le sache en 2007 dans une vente aux enchères, pour impayés. Vivian Maier décède en 2009 des suites d’une chute.

Une partie de son œuvre est cataloguée par John Maloof, reconstruisant minutieusement un vaste corpus, entre 100 000 et 150 000 négatifs auxquels s’ajoutent des films et des documents audio. John Maloof s’occupe de promouvoir l’œuvre de Vivian Maier  en collaboration avec la galerie Howard Greenberg à New York. Ses photographies sont exposées dans de nombreux pays. Un livre Vivian Maier : Street Photographer fut publié en 2011 suivi  en novembre 2013 par un nouvel ouvrage Vivian Maier : Self-portraits.

Biographie

Presse

Textes

­­­Vivian Maier, une vie rêvée

L’apparition de Vivian Maier a bouleversé les dogmes du regard. Comme si, tout à coup, Nadar, notre gloire nationale, s’était révélé être une femme et qu’il avait fallu tout repenser avec ce sexe-là. C’est un peu exagéré, mais pas tant que ça. Car, au commencement, Vivian Maier n’avait rien d’original pour entrer dans l’histoire de la photographie, et encore moins pour y rester. Et pourtant, en un temps record, cette Américaine est devenue aussi célèbre que La Joconde. Elle est en haut de l’affiche, pour longtemps, et une foule de spécialistes se penchent sur son passé, espérant y découvrir matière à réflexion.

Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago (elle a connu les Hautes-Alpes, sa mère était française, elles sont venues en 1932 dans la vallée du Champsaur). Elle avait une passion dévorante, la photographie, exercée dans la plus grande discrétion. D’abord avec un Rolleiflex, puis un Leica, elle entreprit de photographier les rues de New York et de Chicago, les passants, les pauvres sur les trottoirs, les poupées dans les poubelles, les bigotes à bijoux, les Cendrillons d’après minuit… On lui doit aussi une série d’autoportraits d’une extrême intelligence ; à la limite de la hantise, ses jeux de miroir font parfois peur. Lorsqu’elle voyagea autour du monde, grâce à l’héritage de sa grand-tante, elle continua à photographier, sans pour autant montrer ce qu’elle avait vu. Voici l’un des points mystérieux de cette autodidacte - qui gagnait sa vie comme gouvernante d’enfants, son obstination à rester dans le noir. L’anonyme parfaite. Manque de moyens, de temps, de place ? Désir d’absence au monde ?

Lors d’une vente aux enchères, en 2007, à Chicago, John Maloof, l’un des principaux acquéreurs, a acheté pour 400 dollars des cartons et des valises ayant appartenu à miss Maier. À l’intérieur : entre 100 000 et 150 000 négatifs, plus de 3000 tirages, des centaines de bobines Ektachrome non développées. La quantité n’a jamais prouvé le talent, mais là, entre les biens acquis par Maloof, plus ceux de Jeffrey Goldstein et de Ron Slattery, il y a de quoi être ébahi.

Depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, la machine à inventer Vivian Maier s’est mise en route. Films, livres, expositions, la « Mary Poppins de la pellicule » a dû supporter bien des commentaires (mais pas forcément idiots, un gibier de choix excite l’imagination). L’une des expositions made in France, par le Jeu de Paume (2013), a montré que Vivian Maier - qui adorait le cinéma - réalisait aussi des films super-8, et qu’elle était une intervieweuse du tonnerre. Tout ce flou qui l’entoure n’est pas prêt de se dissiper. Certitude : ceux qui ont acheté des tirages ne pourront le regretter, cette femme d’une bravoure feutrée donne envie d’être à ses côtés. Dans son ombre, justement.

Brigitte Ollier, 2016