Ezra Nahmad

Presse

Interview d'Ezra Nahmad :

Interview d'Ezra Nahmad : " La photographie n'a rien à voir avec la beauté"

Actu Photo , 15 Février 2017

"Ezra Nahmad" Leave

France Fine Art , 20 Janvier 2017

Textes

LEAVE

Mes parents avaient vingt-cinq ans lorsqu'ils ont abandonné l'Égypte. Mes arrière-grands-parents s'étaient eux-mêmes expatriés de Turquie, de Syrie, du Maroc, où ils étaient nés, pour s'installer en Égypte. Nous n'envisagions pas l'exil comme un égarement ou une perte, la circulation autour de la Méditerranée était notre affaire. L'installation en Israël a mis un terme à ce moment de notre histoire, nous avons revêtu de nouveaux habits, de rescapés colonisateurs et de fils prodigues. Je n'ai pas voulu les endosser, j'ai choisi l'Europe. Maintenant je sens à nouveau le vent tourner, emportant Europe et Moyen-Orient dans un même mouvement tortueux. Autrefois cosmopolites, voués à des échanges transfrontaliers, les pays du Moyen-Orient se sont adaptés à la globalisation mais en revendiquant un nationalisme autiste. Israël et le Moyen-Orient dans son ensemble sont devenus des laboratoires de la mondialisation. Dans ce système, l'exode de capitaux, de main d'?uvre, de populations et de terreur sont des outils de pouvoir et une faille. Une nécessité et une impossibilité. Espace d'une liberté retrouvée pour certains, de tyrannie pour d'autres, Israël est une terre arrachée où viennent se télescoper toutes sortes d'errances, celles qui s'épanouissent et celles qui se fracassent. Ouvert aux juifs qui s'expatrient pour changer leur vie, Israël verrouille un autre peuple, les Palestiniens, faisant obstacle à leur moindre mouvement. À côté des deux figures de l'immigré émancipé et de l'exclu exilé sur sa propre terre, on rencontre l'Israélien désenchanté, obsédé par l'expatriation, le réfugié africain et le travailleur migrant. Par ce voisinage singulier, on dirait qu'Israël perpétue une prédication quasi mystique : pars, change de vie, reconstruis ailleurs. Habité pour un temps par le miroitement de cette utopie paradoxale et l'écho de la guerre en Syrie, j'ai photographié des Palestiniens enfermés ou en cours d'expulsion, des Israéliens qui auraient bien voulu se sauver, des maisons syriennes abandonnées sur le plateau du Golan, des ouvriers asiatiques détachés, voire l'étranger à l'identité floue, représentant d'un trust mondialisé ou d'une organisation internationale. Et la mitoyenneté disloquée de ces vies, l'absence à soi, l'impossibilité de l'exil.

Ezra Nahmad. Extrait de Leave, Peperoni Books, 2016

SOUNDS HELL

Deuxième volet de ma trilogie israélienne, Sounds Hell vient après Without/Sans. J'ai travaillé en Israël, mais j'ai pensé au Moyen Orient, à l'Europe et à partout. Partout et nulle part. Au vacarme contaminant du chaos et de la terreur. A sa maladie et à son inoculation. J'ai voulu des images comme un bruit. À côté de mes photos j'ai inséré des photos prélevées dans les albums de mes amis israéliens, surtout des images de leur service militaires et des captures d'écrans d'opérations armées. Le Moyen Orient est un laboratoire du chaos, sophistiqué, avancé, technologique, expérimental. Ce qui s'y passe et s'y organise est voué à être exporté, disséminé. En composant cet essai visuel post documentaire, j'ai pensé à la poésie. Une fois fini, le travail m'a aussi fait penser à la littérature d'Antoine Volodine, post-exotique, cultivant un réalisme magique proche de la science fiction. D'une certaine façon je me déplace en photographie pour la défaire, "à travers les murs", à l'image de l?armée israélienne au cours des raids militaires en milieu urbain: "Pendant l?attaque, les soldats se déplaçaient à l?intérieur de la ville à travers des « tunnels en surface » découpés dans un tissu urbain très dense. Plusieurs milliers de soldats israéliens et des centaines de guérilleros palestiniens man?uvraient simultanément dans la ville, mais ils se fondaient dans ce tissu urbain au point qu?ils n?auraient pour la plupart pas été visibles, fût-ce un court instant, depuis une perspective aérienne. En outre, les soldats n?utilisaient pas souvent les rues, les routes et les ruelles ou les cours (..) ils se déplaçaient plutôt horizontalement à travers les murs mitoyens, et verticalement à travers des trous, en faisant sauter plafonds et planchers. Cette forme de mouvement relève d?une tactique que l?armée désigne, selon des métaphores empruntées aux comportements collectifs du monde animal, comme l?essaimage ou l?« infestation ». Parce qu?elle consiste à se déplacer à travers des bâtiments privés, cette man?uvre transforme l?intérieur en extérieur et les espaces privés en voies de communication"

Ezra Nahmad. Extrait de Sounds Hell, 2015

WITHOUT | SANS

Sur les territoires israélien ou palestinien les frontières n?arrêtent pas de bouger, ostensibles, elles gouvernent les déplacements, et il arrive qu?on les traverse plusieurs fois par jour. Elles évoquent le péril ou la guerre et on préfère les oublier. Invasives, elles sont aussi une fatalité de l?histoire, un vécu ordinaire difficile à saisir, soumis à d?interminables remaniements. Lorsqu?on marche en Israël le long des frontières palestiniennes, en suivant les lignes de partage, on observe combien la lumière est polluée par le risque et comment pour sentir le vent ou le parfum de la sauge sauvage il faut lutter contre l?angoisse. On regarde autour et on a l?impression d?être observé, peut être ciblé. On marche et on s?aperçoit qu?on n?est pas protégé par la carrosserie d?une voiture, qu?on accomplit un acte suspect, et la solitude surgit. On voit des constructions, des bulldozers et des immeubles, mais peu d?âmes, et vient la nudité. Le vacarme ou l?affairement apportent le vide et on pense que l?accomplissement ou le paysage naissent dans le retrait, scellés. Comme des imitations de la vie. Et alors on photographie ces caprices, parce que la photographie saisit précisément le hasard et la nuit du temps, l?obturation. Le vide et l?ostentation des évidences. Le vent et la sauge sauvage.

Ezra Nahmad. Extrait de Without | Sans, 2013

Actualités

Conversation avec Stéphane Duroy, Paul Cottin, Fannie Escouen et Ezra Nahmad

26 Janvier 2017

Sounds Hell

27 Septembre 2015

Ezra Nahmad, Chinesdream

18 Juin 2014

L'inactualité de la photographie

Alexis Cordesse

13 Octobre 2013

Without / Sans

10 Septembre 2013