Ernst Haas

Presentation

Il est difficile d'imaginer aujourd'hui, à l'heure du numérique, le nombre de photographes qui le sont devenus, grâce à la découverte du travail d'Ernst Haas. Ses ouvrages étaient les livres de chevet de toute une génération. Ses expériences sur la couleur, sur le mouvement soulevaient l'enthousiasme... On l'a oublié, mais les films couleur étaient difficiles à manier. Nous sommes en 1952, à des années-lumière, quand le magazine américain, Life, lui demande de travailler en couleur sur New York. À l'exception de Capa, chez Magnum, personne ne comprend pourquoi il expérimente la couleur. Seul, le noir et blanc a droit de cité. Mais Ernst Haas n'en a cure. Pour mieux comprendre cette aventure très singulière, il faut la remplacer dans son contexte historique. Haas, né en 1921, de famille juive a vécu le trauma de la seconde guerre mondiale. Puis, il émigre aux États-Unis en 1951 dans un pays, dont il rêvait, gamin. Un homme optimiste, sans aucune stratégie professionnelle, n'ayant jamais rien demandé à personne. Un homme libre.

Biographie

Collections publiques

Antwerp, PROVINCIAL MUSEUM VOOR KUNSTAMBACHTEN

Auckland, New Zealand Center for Photography

Bath, Royal Society of Photography

Boston, Museum of Fine Arts

Charlotte, N.C., Mint Museum of Fine Art

Chicago, The Exchange National Bank of Chicago

Cologne, Museum Ludwig

Corcoran Gallery of Art, Washington DC

Kyoto, The National Museum of Art

New York, Citybank Art Collection

New York, International Center of Photography

New York, The Metropolitan Museum of Art

New York, The Museum of Modern Art

New York, Philip Morris Companies, Inc.

Pittsburgh, Westinghouse Electric Corporation

Pleasantville, NY, Reader's Digest

Princeton, NJ, Squibb Corporation

Rochester, Interntional Museum of Photography at the George Eastman House

St Louis, Kimberly-Clark Corporation

St Louis, Saint Louis Arboretum

St Petersburg, Fla., Museum of Fine Art

Salzburg Austria, Rupertinum Salzburger Museum

Santa Barbara, Ca., Western States Museum of Photography

Tokyo, National Museum of Art

Vienna, Museum Modern Kunst

Washington D.C., National Portrait Gallery

Presse

Textes

LA COULEUR À TOUTE ÉPREUVE

Ernst Haas fut indéniablement le photographe le plus connu, le plus prolifique et le plus publié du XXe siècle. Son nom est en général associé à cette photographie couleur pleine de vitalité qui, à partir des années 1950, faisait fureur dans la presse illustrée. Ce travail, publié par des dizaines de grands magazines en Europe et aux États-Unis, a également fait l'objet de très nombreux ouvrages qui, eux aussi, ont connu un franc succès auprès du public. Pourtant, si son travail sur la couleur lui a valu une renommée internationale, et ce sur plusieurs décennies, il a récemment été vivement dénigré par des critiques et des directeurs artistiques, précisément sur les aspects de son travail qui avaient fait de lui un artiste très prisé par les magazines – son caractère immédiat, facile d'accès. En gros, on lui a reproché d'être « trop commercial », un véritable crime dans un monde où l'on devait (et où l'on doit toujours) s'efforcer de protéger l'art, forme prétendument fragile, de toute contamination par la grossièreté de la mouvance commerciale. On a également reproché à son travail un côté trop simpliste, dépourvu des complexités et de l'ironie qui caractérisaient l'œuvre de ses concurrents, plus jeunes, qui travaillaient de leur côté à la construction d'un nouveau langage de la couleur. La réputation de Haas a donc souffert de la comparaison avec les grands noms de ce qu'on appellerait bientôt « the New Color », avec notamment William Eggleston, Joel Sternfeld, Stephen Shore, et Joel Meyerowitz. Mais paradoxalement, il y avait un revers à l'œuvre de Haas, un aspect qui a échappé à la critique posthume. Un aspect qui prouve qu'il n'était en rien inférieur à ses jeunes collègues en termes d'innovation. En effet, parallèlement à ses œuvres de commande, Haas prenait constamment des photos pour son plaisir et, autant que je sache, sans véritable intention de les montrer à quiconque. Ces images révèlent un tout autre aspect de sa sensibilité – elles sont plus audacieuses, plus libres, plus énigmatiques et plus équivoques que celles qui l'ont rendu célèbre. La plupart n'ont jamais été tirées, ni publiées bien entendu, leur auteur les jugeant sans doute trop difficiles à comprendre. Ces images, d'une grande complexité, sont largement à la hauteur – et parfois même bien au-delà – des plus grands chefs-d'œuvre de ses contemporains (...). Ironie du sort, c'est grâce à John Szarkowski, le célèbre conservateur de musée qui, après avoir exposé l'œuvre de Haas, avait décidé de ne pas le soutenir, que j'ai eu accès à l'œuvre cachée d'Ernst Haas. À l'instar d'autres jeunes conservateurs de ma génération, j'avais également décrié son travail pour les raisons mentionnées ci-dessus, et pour ce qui était, d'après moi, un excès de sentimentalité. Pourtant, une de ses photographies m'a tarabusté pendant des années, résistant opiniâtrement à ma désapprobation. Il s'agissait d'une image que Szarkowski avait incluse dans une publication du Museum of Modern Art – une scène de rue montrant un store et son reflet dans une vitrine, évoquant irrésistiblement un tableau de Morris Louis. Les couleurs du store ondulent comme des flammes, rappelant le vieil adage : « Il n'y a pas de fumée sans feu. » Il devait y avoir d'autres trésors comme celui-ci à découvrir ! Et plusieurs années plus tard, alors que je relisais les textes de Szarkowski sur la couleur, je tombai, pour mon plus grand plaisir, sur une autre métaphore extrêmement pertinente : « Dans les années 1960, » écrivait-il, « il n'y avait encore, parmi les plus grands photographes, qu'Eliot Porter et Ernst Haas qui, dans l'incendie de leur maison, auraient choisi de sauver en priorité leur œuvre en couleur et plutôt que le noir et blanc. » J'étais tourmenté par cette graine qui ne demandait qu'à germer. Vers 2006, j'en ai discuté avec le conservateur Graham Howe, découvrant qu'il soupçonnait également quelque chose. Nous décidâmes de nous rendre à Londres pour explorer les archives d'Ernst Haas et en avoir le cœur net. Dès notre première incursion, nous avions compris qu'il y avait effectivement une braise ardente qui ne demandait qu'un peu d'oxygène pour être ravivée. Je dus, pour des raisons pratiques, poursuivre seul la recherche, mais en deux ans, je parvins à voir 200 000 diapositives couleur – en partie pour mon propre plaisir visuel, mais aussi pour m'assurer que je n'étais pas en train « d'inventer » cet Ernst Haas de l'ombre. Or je n'inventais rien, et les images du présent ouvrage ne me contrediront pas.

William Ewing

Lausanne, juillet 2010

Introduction de l'ouvrage Ernst Haas Color Correction, publié aux éditions Steidl en 2011