Bruce Wrighton

Presentation

Formé à l'université de Rochester, Bruce Wrighton n'est pas un reporter à la volée ni un commentateur social. Il bavarde avec ses modèles, il les met à l'aise. Avec eux et sa chambre 20x25, il quête l'endroit idéal pour la pose, souvent un coin de mur. Ses portraits donnent le sentiment d'être en volume, comme des sculptures. Dans sa série titrée Dinosaurs and Dreamboats, il a la même façon de saisir les voitures dans leur décor, de tourner autour avant de les immobiliser.

Avec les outsiders, les voitures ou les lieux publics, bars et églises réunis dans St George and the Dragon, sa troisième série, Wrighton cherche finalement à dévoiler la spiritualité du quotidien. Insensible à tout ce qui brille, il est le témoin privilégié d'un fragment d'Amérique des années Reagan, qu'il rend intemporel.

Brigitte Ollier

Extrait de l'article Les désunis d'Amérique, paru dans Libération le 17 novembre 2010

Biographie

Collections publiques

Centre Pompidou, Paris

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

Museum Folkwang, Essen

Rijksmuseum, Amsterdam

Goldman Sachs, New York

Dow Jones, New York, USA

Margulies Collection, Miami, USA

Roland Angst, Berlin, Germany

Jan and Trish DeBont, Los Angeles

Eva Felten, Munich, Germany

Sharon and John Hoffman, Kansas City, USA

Lutz Teutloff Photo + Video Collection, Bielefeld, Germany

Textes

L’œuvre de Bruce Wrighton se compose de trois séries - Street Portraits, Dinosaurs and Dreamboats, et St. George and the Dragon-réalisées avec une chambre 20x 25, près de chez lui à Binghamton, New York, au milieu des années 80.

La première série Street Portraits, à la fois tendre et puissante, situe Wrighton dans la tradition d’ Eugène Atget, Lewis Hine, et August Sander. Son œuvre se centre sur des individus et des couples marginaux issus de milieux populaires: des forains, gardiens de parking, vigiles - plus de soixante quinze personnes de bonne volonté, ont accepté de poser devant la chambre 20 x 25. Chacune laisse apparaitre quelque chose de personnel pendant que Wrighton photographie avec respect et sympathie leurs visages souvent tuméfiés, leurs vêtements en loques.

La série Dinosaurs and Dreamboats met en vedette des voitures classiques américaines des années 50 sur fond d’immeubles plus anciens. Plus que des portraits de belles voitures, ces images nous ramènent en arrière dans une Amérique optimiste, moderne, débordante de confiance.

La troisième série St. Georges and the Dragon explore la puissance des images et des emblèmes, séculaires et sacrées, que Wrighton découvre autour de Binghamton dans les bars, les églises, et à l’intérieur des maisons. Que ce soit au sous-sol d’une église où se trouve un jukebox Wurlitzer rutilant, sous l’image d’un Christ suspendu comme flottant, ou que ce soit la scène bucolique d’un lac avec un pêcheur dans un bateau, peinte sur le mur d’un vieux bar, Wrighton, par le biais de son travail photographique, essaie d’approfondir la question posée par la force inhérente des images et des emblèmes : comment dépasser et transcender la banalité du quotidien.

Bruce Wrighton habita et travailla à Binghamton dans l’état de New York jusqu’à sa mort en 1988 à l’âge de trente huit ans.

 

Les désunis d'Amérique

Par Brigitte Ollier

Paru dans Libération le 17 novembre 2010

Bruce Wrighton s'attachait aux milieux populaires et à la banalité du quotidien. Ce témoin des années Reagan, disparu à 38 ans, est exposé à Paris

"Il n'est pas dans la photographie qui claque ou dans le pathétique, mais dans le registre de l'empathie", note Françoise Morin face aux portraiturés de Bruce Wrighton (1950-1988) qu'elle expose dans sa galerie parisienne embossée près du canal Saint-Martin(….).

Ce goût des autres est perceptible dans les portraits aux tonalités radieuses, même si les visages paraissent parfois aussi usées que les vêtements. Ce sont ses voisins, vigiles ou vendeurs ravis dans le centre de Binghampton, dans l'Etat de New York, forteresse originale du groupe IBM. Ou les visiteurs d'un été, forains de passage et travailleurs saisonniers, dont les yeux racontent la tristesse d'être sans maison. A ces désunis de l'Amérique, tous capturés dans les années 80, Bruce Wrighton offre un foyer d'accueil. Il s'essaie autant à changer leur image qu'à tendre un lien vers celui qui les regarde, comme une reconnaissance réciproque. Son crédo : "je veux que les gens puissent être libres de voir ce que j'espère ils verront, c'est-à-dire cette coupure entre une asociabilité manifeste et l'intensité d'une vie commune à tous".

Formé à l'université de Rochester, Bruce Wrighton n'est pas un reporter à la volée ni un commentateur social. Il bavarde avec ses modèles, il les met à l'aise. Avec eux et sa chambre 20x25, il quête l'endroit idéal pour la pose, souvent un coin de mur. Ses portraits donnent le sentiment d'être en volume, comme des sculptures. Dans sa série titrée Dinosaurs and Dreamboats, il a la même façon de saisir les voitures dans leur décor, de tourner autour avant de les immobiliser.

Avec les outsiders, les voitures ou les lieux publics, bars et églises réunis dans St George and the Dragon, sa troisième série, Wrighton cherche finalement à dévoiler la spiritualité du quotidien. Insensible à tout ce qui brille, il est le témoin privilégié d'un fragment d'Amérique des années Reagan, qu'il rend intemporel.